Ernesto Guevara
(Rosario, Argentine, 1928 - Higuera, Bolivie,
1967)
De son vivant, un symbole; à sa mort, un mythe.
Ernesto Guevara dit "le Che" n'en finit pas de faire fantasmer des milliers d'opprimés et de révoltés dans le monde.
En effet, le personnage a lutté jusqu'à son exécution pour rendre
plus juste un monde basé sur l'inégalité (impérialisme, dictature, disparités sociales). Et il a pu mettre ses idées en oeuvre.
On peut en partie expliquer le mythe du fait que son corps fut porté disparu pendant près de trois décennies
(entretenant le doute sur sa mort). Egalement par la probable implication des services secrets américains dans sa mort et enfin, parce qu'il est comparé au "Christ".
Mais de son vivant, pourquoi est–il devenu un
symbole ?
Trois étapes pour l’expliquer brièvement:
Ø celle de son
engagement politique,
Ø rôle politique
(ministre de l'industrie)
Ø son combat dans d'autres pays
Comment en vient-il à la politique ?
Ernesto Guevara est issue d'une famille athée, anticonformiste et dont la maison était ouverte aux exclus. Adolescent frondeur, sportif, curieux et énergique, il
entreprend en 1951 avec son meilleur ami d'enfance, Alberto Granado, un long voyage sur le continent latino-américain.
Il se retrouve confronté à la misère et l'exploitation humaine (les mineurs chiliens, les lépreux d'Amazonie…).
C'est sûrement ce qui le pousse à s'intéresser à la politique car en 1953, bien qu'il ait obtenu son diplôme de médecine (études débutées en 1947),
il part pour un second voyage, au cours duquel il s'engagera auprès du gouvernement guatémaltèque d'Arbenz.
A propos du Guatemala, il écrit dans son journal :
" Voilà un pays où l'on peut gonfler ses poumons de démocratie, je pourrais faire construire une clinique et devenir
riche, mais ce serait trahir mes 2 moi: le socialo et le routard."
A la chute d'Arbenz, il continue jusqu'au Mexique où l'ancien dirigeant
guatémaltèque rassemble ses partisans. Ernesto rencontre alors Fidel Castro, dirigeant du M26 (mouvement du 26 juillet) dont le but est de renverser le dictateur Batista à Cuba.
Les deux hommes fraternisent immédiatement, Guevara décide alors de prendre part à la révolution cubaine.
Il écrit dans son journal :
"Après avoir redressé quelques torts à Cuba, j'irais n'importe où ailleurs. Quand on a comme moi le virus de la révolution, on ne
peut s'en débarrasser que dans la tombe."
Fidel arrive au pouvoir en 1959, il nommera successivement Ernesto ambassadeur itinérant, Président de la Banque Nationale, puis ministre de
l'industrie en 1961.
De cette période qu'il a passée à la tête de la Banque Nationale, il reste les billets de banque portant sa signature avec le simple sigle "Che",
impertinence signalant qu'il ne faut pas accorder trop d'importance à l'argent.
Un ministre très
scrupuleux
D'après Alberto Granado, Ernesto Guevara exigeait envers lui-même et les autres une ligne de conduite assez stricte, il était un
peu sectaire, avec lui, il n'y avait pas de demi-mesure.
On peut constater la véracité de ces propos en s'intéressant aux actions du Che dans sa vie politique:
En 1961, Fidel Castrol'assigne au poste de Ministre de l'industrie:
Il refuse alors le salaire de 30 000 dollars prévu pour cette fonction et conserve celle de 250 dollars qui lui était avant attribuée en tant que
"Commandant de la Révolution".
A l'époque, son ministère devient alors un creuset où naissent les propositions et réflexions, à caractère hypothétique.
Le commandant de la révolution devait à cette époque se transformer rapidement en économiste et en ministre conscient de ses choix.
Pour organiser la mobilisation populaire, il constitua des brigades de travail bénévoles. Il est alors le premier à donner l'exemple, se
levant à quatre heure du matin les jours de repos (jours fériés compris) pour travailler dans les champs et dans les usines.
Objectif : industrialiser le pays par étapes forcées.
Ce fut un fiasco. Guevara prit conscience du développement excessif du pouvoir administratif (bureaucratie), à l'égard duquel il
éprouvait une profonde méfiance depuis sa visite en U.R.S.S. (lorsqu'il était embassadeur itinérant.
Un agitateur tiers-mondiste
En 1965, Ernesto démissionne de toutes ses fonctions à La Havane. Il part pour un voyage de trois
mois, centré sur l'Afrique et le Moyen-Orient. Il explique dan son journal:
"L'Afrique est l'un des plus importants champs de bataille contre toutes les formes d'exploitation
qui existe dans le monde, contre l'impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme".
Considérant le Congo comme "un problème mondial", il décide de participer en personne au
conflit en cours dans le pays. Avec l'accord de Fidel, il mènera là-bas une expédition avec sous son commandement un groupe de guérilleros cubains
spécialement entraînés.
L'opération se révèle être une amère défaite politique et militaire et cela malgré les contacts et l'appui apportés par
Cuba.
Il revient clandestinement à Cuba, seul Fidel le sait de
retour. Le dirigeant cubain l'approuve dans sa décision de mettre au point une nouvelle lutte armée dans un pays d'Amérique Latine.
Comme par hasard, l'année 1966 est proclamée "année de la solidarité3 à Cuba. La révolution s'engage à soutenir la cause des peuples opprmés. La Havane devient alors le point de repère des
populations défavorisées.
Guevara jette son dévolu sur la Bolivie où les militaires ont destitué le président. C'est le pays opportun pour allumer un premier foyer de guérilla qui pourrait s'étendre par la suite à l'Argentine, au Venezuela et à la
Colombie.
Il voudrait créer "1,2 ou plusieurs Vietnam". Il part en Bolivie avec un groupe de guérilleros que complèteront des boliviens. Mais le 7 octobre 1967, le Che et les derniers survivants de son équipe initiale sont surpris par des bataillons de
Rangers. Blessé puis interrogé, le Che refuse de parler. Le 9 octobre, il est exécuté sur ordre du président bolivarien
Barrientos. Des fonctionnaires des services secrets américains se seraient occupés de l'exécution.
C'est ainsi se terminent trente neuf ans de vie vécue intensément.
Sa mort fut vécue comme un véritable drame par tous les opprimés d'Amérique Latine.
Le culte d'images sacrées, reposant sur un profond ancrage de la religion, a assurément amorcé le mythe.
Ernesto Guevara était un symbole de rébellion, de liberté et de lutte contre
l' injustice. Il a mené un chemin politique honnête et sincère. Cet incorruptible savait réviser ses choix et accepter de se laisser guider par les
évènements (n'oublions pas qu'il prônait la révolution permanente);
Il était ainsi obligé de vérifier dans la pratique ce qui avait été théorisé à froid. Ses pensées et sa vie étaient un véritable "work in
progress".
Dans la mesure du possible, il a tenté d'étendre son combat à l'échelle mondiale, s'impliquant totalement dans la mise en application
de ses concepts.
C'est cet acharnement qui constitue en partie la force du symbole. Parallèlement, le phénomène de "culte", très répandu en Amérique Latine contribua assurément à en faire une icône.
Cependant, on oublie souvent que ses démarches aboutissent à des échecs.
Il n'est pas parvenu à industrialiser Cuba ni à propulser la révolution au Congo.
L’emblème : pourquoi son image ne meurt-elle pas ?
3 étapes pour l'expliquer:
-
Pourquoi son image demeure inébranlable ?
-
La comparaison entre lui et le Christ.
-
Pourquoi est-il devenu un mythe?
Durant toute sa vie, Ernesto Guevara a lutté contre les injustices de la planète, notmamment à Cuba. Malgré cela, c'est plutôt son apparence
physque que les générations suivantes ont retenue. En effet, son béret étoilé, son visage (souvent qualifié d'angélique), où se lit sa détermination...
Une expression sévère sur le visage, qui laissait supposer une passion folle. Des yeux brillants d'intelligence et d'énergie. De longs cheveux en brousaille. Un cigare au coin des lèvres...
Une véritable figure romantique.
C'est cette image qui est restée figée dans la mémoire collective. De plus, étant mort à l'aube de la quarantaine, le Che évoque à tout jamais l'éternelle jeunesse.
De par son assassinat, on parle également de lui comme
d' un martyr supplicié:
Effectivement, son exécution a été vécue par les cubains comme une douleur, une rage, un chagrin, faisant de sa défaite en victoire.
Défaite d’ailleurs qui n’en est pas totalement une, puisque son image traverse toutes les générations, entraînant bien
évidemment, un commerce florissant à Cuba : on trouve son effigie sur des pièces et des billets.
De ce fait, si Ernesto Guevara n’a pas réussi à aller au bout de son combat étant vivant, il aura aidé les peuples d’Amérique Latine dans leur
lutte contre l’injustice.
En Europe, le Che a fait vendre autant de produits et son effigie a été reprise par de jeunes révoltés lors des
mouvements de 1968.
Actuellement encore, paradent dans des manifestations, des drapeaux, ou pancartes avec son portrait.
Sauf qu' aujourd'hui, les jeunes ne savent plus vraiment ce qu’il représente ni ce qu’il a accompli: ils ne retiennent que son image.
Un sondage en 1995 montre que les adolescents de 15 à 25 ans plaçaient le Che en tête de leurs idoles.
De plus, de grands hommes lui rendirent hommage :
Jean-Paul Sartre dans un livre ou encore François Mitterrand qui déclara publiquement :
«Un homme de gauche doit le dire, le combat du Che est celui d’un homme libre ! ».
Ernesto "Che " Guevara est devenu
l'emblème du Combat Révolutionnaire, du fait de son implication totale pour rendre le monde plus juste.
L’incarnation du Christ : pourquoi une
telle comparaison ?
A plusieurs reprises dans sa vie, le Che fut comparé au Christ.
Par exemple, quand le
soldat Monténégra aida Ernesto blessé à gravir la colline jusqu’au village de la Higuera, on pensa à Simon de Cyrène qui avait aidé Jésus à porter sa croix.
De même, peu avant sa mort en Bolivie, délaissé par Castro et coupé de tout contact avec Cuba, il se retrouva dans la situation du Christ,
(paraît-il, ;-) ) quand ce dernier se lamenta :
« Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Il y a aussi le fait qu’il soit mort les yeux ouverts, qui le rendait très impressionnant :
« Il ressemble au Christ » disaient les gens, venus le voir sur le lieu de son
exécution. A l’hôpital de Villegrande, où le corps fut par la suite exposé, médecins et photographes le regardaient fascinés.
Jusqu’à murmurer, pour les plus superstitieux : « Autant de balles que Saint
Sébastien ».
Par la suite, la disparition de son corps fit monter bon nombre de rumeurs sur les véritables conditions de sa mort, elle fut
mise en doute. Rappelons que la suspicion avait également été jetée sur la mort du Christ.
Ces rapprochements incessants entre les deux personnages peuvent s'expliquer du fait que les habitants d'Amérique
Latine sont profondément croyants, ils ont très vite sanctifié Ernesto Guevara.
Qu’est-ce qui fait de lui un mythe ?
De nos jours, on pourrait définir un personnage mythique comme quelqu'un de beau, qui serait mort
jeune et qui aurait marché à côté des tapis rouges. Mais ne serait-ce pas le résumé de la vie du Che ?
Vivant, il était dévoré par l’envie de redresser les torts et les injustices endurés par les pays pauvres, il était perçu comme un héros. Mort,
il a été érigé au rang de mythe.
Si nous n’avons pas oublié son image, c’est aussi grâce aux photographies que nous avons de lui.
Effectivement, lors d’un meeting, un photographe immortalisa son image. Elle devint très célèbre et resta par
la suite ancrée dans les esprits. C'était la sanctification d’un visage perdu vers l’avenir, surmonté de son béret noir étoilé.
Un autre cliché s'est révélé être marquant: c'est celui de l'irascible guérillero sur son lit de
mort.
En effet, personne ne voulait, ne pouvait croire que le Che était réellement mort.
De plus, ses yeux sont restés ouverts, ne craignant ni la mort ni le lendemain incertain. Son combat, le seul et unique but de son existence, fut celui de toute une
génération. Il était engagé dans l'action publique, se livrant avec zèle dans une bataille révolutionnaire permanente. Il serait allé n'importe où pour
rendre le monde plus juste.
Une phrase fut constamment reprise par la jeunesse en lutte :
« Che, tu fais partie de ceux qui ne meurent jamais ».
De nos jours encore, son mythe perdure et enfle, annonçant toujours une bonne nouvelle " Demain, le monde va changer de base".