Il y a 40 ans, la jeunesse montait des barricades et réclamait à qui voulait l’entendre son besoin de vivre libre. C’était mai 68, l’année de tous les possibles. Que reste-il des idéaux qui ont
bercés toute une génération :
En cette période d’anniversaire, l’Express propose une radioscopie de la jeunesse mondiale, en partenariat avec la Fondation pour l’innovation politique. Cette étude fournit un renseignement sans
appel sur l’humeur de la jeunesse hexagonale : elle est la plus déprimée du monde.
63 % des américains âgés de 16 à 29 ans déclarent que les gens peuvent changer la société. Cet idéalisme digne d’un blockbuster hollywoodien pourrait passer pour de la naïveté aux yeux des jeunes
français (en effet, changer la société en Sarkozie, arf, quelle est bonne celle-là!). Si l’on doit comparer l’humeur de nos semblables à une
école cinématographique, il faudrait chercher du côté de l’œuvre brute des frères Dardenne ou du réalisme masochiste de Kitano. 39 % seulement des français interrogés pensent que la
société peut changer. La France est bonne dernière d’un classement regroupant 13 pays : USA, Danemark, Norvège, Estonie, Allemagne, Suède, Russie, Espagne, Finlande, Italie, Royaume-
Unie et Pologne. Il y a péril en la demeure.
On ne peut pas jeter la pierre aux jeunes français. Du côté des parents ce n’est pas la joie non plus. Mais bon, cela fait quand même quelques années que cela dure. Depuis les chocs pétroliers en
fait qui ont vu la France prendre de plein fouet une crise économique après 30 ans de prospérité. Alors qu’Eddy Mitchell chante depuis plus de 15 ans que « Ça
s'ra toujours le Blues, dans la banlieue d'Mulhouse » (« Rio Grande » 1993) faut-il imaginer que la bonne humeur est condamnée au pays de la
baguette ? Ben un peu mon n'veu...
Les meilleures blagues sont souvent belges et les artistes comiques qui remplissent les salles fréquemment québécois. L’étude menée par l’Express témoigne d’un ras le bol. Celui d’une
génération qui est persuadée qu’elle va payer pour le confort de ses parents. Point de retraite à 55 ans, un immobilier qui flambe, des emplois qui se précarisent, bref la totale. Il
n’en fallait pas plus pour aiguiser la rancune des 16 -29 ans. 11 % des jeunes français se disent prêt à payer des impôts pour les personnes âgées. Ce chiffre est 5 à 6 fois inférieur à celui de
la Chine (63 %) ou de la Russie (56 %) par exemple.
N’enterrons pas le débat pour autant. Les français se déclarent heureux à 90 % (là, je demande à voir comment elle a été menée l'enquête! Comment peut-on être
heureux en Sarkozie-Brunie?).(Centre d’analyse stratégique (CAS) étude d’octobre 2007) Ce bonheur touche
toutes les couches de la société. Le fort pessimisme affiché par les jeunes français tient plus dans la crainte de perdre des avantages sociaux culturels (retraite par répartition,
sécurité sociale pour tous) que dans la conviction de ne rien pouvoir faire.
Confronté a un climat socio professionnel tendu, être anxieux est une réaction on ne peut plus compréhensible (tu l'as dit bouffi!).
Peut-être faut-il y voir une maturité d’avant-garde de la part des jeunes français (un réalisme froid et dépassioné plutôt).
L’idéalisme de mai 68 est bien loin et a laissé la place à une rigueur et un pragmatisme économique nouveaux. Les jeunes pousses de la nation sont bien plus aguerries que leurs ainés 40 ans
auparavant (Mouais, mais faut pas trop nous flatter, non plus, on est pas dupes...). Gageons que cela réussisse.
Antoine Vlastuin @ keljob.com

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